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28 août 2011

Dans les bras d'Irène

BETHESDA, Maryland - Nous avons survécu à l'ouragan Irène! Décidés à rentrer le plus vite possible, nous avons relié le Canada au Maryland en une grosse journée, le défi étant d'éviter la zone de New York, en pleins préparatifs avant l'arrivée du cyclone. Chemin des écoliers donc, via Boston, Albany et le centre de la Pennsylvanie, sous des trombes d'eau. Irène était au large de la Virginie voisine lorsque nous nous sommes enfin garés devant chez nous vers 1h30 du matin, après 1 600 km d'une traite et quelques rafales latérales. Pas de gros dégâts apparents dans le quartier mais beaucoup de feuilles d'arbres jonchant les rues. Un peu sonnés, nous nous réadaptons à la vie sédentaire, des souvenirs canadiens plein la tête. Ce blog suspend son vol, jusqu'à la prochaine fois.
P-S: en 27 jours, nous avons roulé 7 916 km.

26 août 2011

"I love you Canada!"


Cette exclamation que nous devons au plus jeune membre de la famille, nous avons eu envie de la prononcer un certain nombre de fois au cours de notre séjour, parmi les plus belles vacances que nous aurons passées. Des paysages à couper le souffle du Cabot Trail en Nouvelle-Ecosse à la solitude de la taïga des Laurentides, du charme européen du Vieux-Québec à la gentillesse de tous les Canadiens qui ont croisé notre chemin, nous avons vécu quatre semaines mémorables chez nos voisins du Nord. Nous repassons demain aux Etats-Unis, déjà nostalgiques d'une autre Amérique du nord.

Quand homme blanc couper du bois...


Vous connaissez l'histoire du colon français arrivant en fin d'été 1723 pour s'établir à la campagne au Québec, et qui décide de couper du bois pour l'hiver? Revenant du bosquet voisin, sa brouette pleine de bûches, il croise le vieux chef iroquois local. Il lui demande si à son avis l'hiver sera rude. "Oh oui, l'hiver sera rude", affirme l'Indien. Impressionné, le néophyte va encore couper du bois, et revient avec une charrette pleine. Il demande au chef s'il est sûr de lui. "Oh, oui, l'hiver sera très rude", répond ce dernier. Ebranlé, le colon, qui sait par ses homologues de Nouvelle-France, sans l'avoir encore vécu, à quel point l'hiver canadien est sans merci, repart le lendemain avec deux charrettes vers le bosquet, coupe du bois pendant toute la journée. Suant, ahanant, il demande au chef au retour si l'hiver sera vraiment très rude. "Oh, oui, l'hiver sera vraiment très très rude", rétorque le vieux sage. Décidé à ne prendre aucun risque, le colon repart le lendemain avec toute une équipe, et ils défrichent plusieurs arpents de forêt, revenant avec dix charrettes de bois. L'Iroquois les regarde: "je crois qu'on n'aura jamais vu un hiver aussi rude que cette année". Epuisé, le colon demande: "Ô grand chef, comment sais-tu que l'hiver sera si rude?". Et l'Iroquois le regarde, les yeux plissés: "vieille légende indienne dit que quand l'homme blanc coupe beaucoup de bois, l'hiver sera très rude".
Tout cela pour dire qu'à vue de nez, l'hiver canadien sera rigoureux cette année, comme d'ailleurs tous les ans: quasiment toutes les maisons, des Laurentides à la Nouvelle-Ecosse, sont flanquées de dizaines de mètres cubes de petites bûches. Les régions que nous avons parcourues en short et en T-Shirts vont en effet se transformer d'ici quatre mois en étendues neigeuses et verglacées, avec des températures moyennes de -20°C entre janvier et mars. "Mais des fois, ça remonte jusqu'à -5°C", nous a expliqué le meunier du village acadien près de Caraquet la semaine dernière. Soulagement.

Veillée d'armes


SAINT JOHN, Nouveau-Brunswick - Le Canada nous a offert une météo fantastique pendant ces quatre semaines: seulement deux jours vraiment pourris, du soleil et des températures entre 25 et 30°C la plupart du temps, on en redemande! Surtout que nous nous attendions à être bien douchés. Mais, grande ironie, alors que nous nous apprêtons à rentrer au bercail, voilà que le premier ouragan à menacer la Nouvelle-Angleterre depuis sept ans se dresse entre nous et la région de Washington! Il va falloir ruser avec le monstre, c'est à dire prendre quelques chemins de traverse, pour éviter les vents de plus de 100 km/h que l'on nous promet pour dimanche et lundi du côté de la côte nord-est. La solution devrait être de contourner New York très au nord-ouest, en espérant que des centaines de milliers d'Américains n'auront pas eu la même idée que nous. En photo, prise depuis la voiture entre la Nouvelle-Ecosse et Saint John, la grande ville du sud du Nouveau-Brunswick, ce n'est évidemment pas l'ouragan "Irene", mais ce nuage à l'allure de champignon atomique nous a semblé bien résumer la situation!

25 août 2011

Chez Louis



LOUISBOURG, Nouvelle-Ecosse - A la Saint Louis, Louisbourg tu visiteras. Les républicains que nous sommes n'avaient aucune idée de l'importance de la date, mais les bourgeois de Louisbourg si: nous avons visité leur petite ville, dédiée donc à Louis XIV, en une belle journée d'août 1744, au temps béni de la Nouvelle-France. Procession religieuse, exercices militaires, collation au champagne: le site historique de la forteresse de Louisbourg, tout au nord-est de la Nouvelle-Ecosse, ne lésine pas sur les moyens pour plonger les visiteurs dans le passé. Pourtant, la place forte dont nous avons arpenté les ruelles et qui fut dans la première moitié du XVIIIe siècle l'un des centres stratégiques français en Amérique du Nord, n'est qu'une reconstitution d'après des plans d'époque. Après avoir conquis définitivement Louisbourg en 1758, les Anglais avaient en effet démantelé la forteresse et sa formidable batterie de canons. La prise de Louisbourg, clé du Saint-Laurent, avait signé le début de la fin pour la souveraineté française dans la région; un an plus tard, Montcalm était défait à Québec.
Deux siècles après, le gouvernement canadien a repris les plans d'origine de Louisbourg pour recréer un site historique. Sous les pierres brutes et les planches de bois délavées pas les intempéries se cachent en effet fer à béton et installations électriques. Mais on s'y croit, grâce d'abord au jeu des acteurs en costume, incollables sur la vie dans les colonies au temps de Louis XV, mais aussi à la sobriété de la reconstitution. Pas une enseigne criarde en vue, la musique d'ambiance est jouée au fifre et au tambour militaire, et il ne manque plus qu'une frégate venue de Brest mouillant en rade pour que l'illusion soit complète.

24 août 2011

Ferry-quiqui


Curiosité sur la route du Cap-Breton ce mercredi. Nous avons emprunté ce qui est sans doute l'une des lignes de ferry-boats les plus courtes du monde: 200 mètres à tout casser entre Englishtown (anciennement Fort-Dauphin, village de pêcheurs fondé par les Français en 1597, mais oui), et la rive opposée. Mais pourquoi n'y a-t-il pas de pont? Sur la photo, le ferry, qui peut transporter 15 voitures à la fois, est de l'autre côté!

Cabotinage



Nous ne sommes pas du genre à nous vanter, mais nous avons vu de fort jolies choses ce mercredi dans l'île du Cap-Breton. Le "Cabot Trail", du nom de l'exporateur John Cabot (en fait, un Italien, Giovanni Caboto!), est en effet considéré comme l'une des plus belles routes du monde, qu'il faut avoir parcouru si l'on veut prétendre au badge de "rôde tripeur". La route, entre panoramas à couper le souffle et incursions dans de petits villages de pêcheurs aux maisons en bois de couleurs vives, est en effet superbe, mais très longue: partis de Sydney à 9H00 du matin, nous y sommes revenus à 22H00, 400 km supplémentaires dans les moyeux. Heureusement, nous n'avons pas fait que rouler: trois balades dans le "Cape Breton Highlands National Park", au bord de lacs ou de torrents, nous ont oxygéné les globules, et le village acadien de Chéticamp, à la sortie du parc sur la côte occidentale de l'île, nous a offert un dîner au homard, la grande spécialité du Nord-Est. La journée s'est achevée sur un somptueux coucher de soleil sur le golfe du Saint-Laurent. Le Canada nous gâte, comme pour se faire regretter.

23 août 2011

Route 104 pour Sydney


SYDNEY, Nouvelle-Ecosse - Gros après-midi de route ce mardi pour relier Moncton au Nouveau-Brunswick à Sydney en Nouvelle-Ecosse, plus précisément dans l'île du Cap-Breton où influences acadienne et écossaise se mêlent dans un charabia toponymique gaélico-poitevin; on passe au large de "l'Isle Madame" et de "River Bourgeois", mais aussi de "Loch Lomond" (oui, le whisky du capitaine Haddock!) et "Ben Eoin". Nous avons retrouvé la route transcanadienne, qui porte ici le numéro 104, et même commencé à voir des véhicules arborant des plaques d'immatriculation "Labrador Newfoundland" (Terre-Neuve). C'est en effet de Sydney que partent les ferries pour la légendaire île des pêcheurs. Pas de grande traversée pour nous cette fois-ci. Nous allons explorer demain la terre ferme alentour, vers le parc national voisin. Ce soir, nouveau beau cadeau du Canada prodigue avec un coucher de soleil sur le lac du Bras d'Or (photo), étendue d'eau saumâtre au centre de l'île, au sud de Sydney.

Vase et pots de fleurs



Les Hopewell Rocks, c'est le symbole de la baie de Fundy, cette large entaille entre Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse, à une trentaine de kilomètres au sud de Moncton. La région se vante d'être le théâtre des plus fortes marées du monde: jusqu'à 17 mètres entre la haute et la basse mer. A Hopewell Rocks, on peut admirer l'étonnant effet de la force de la mer sur la géologie locale, notamment du grès rouge: d'énormes rocs coiffés de conifères, et tenant en équilibre précaire sur leur base rongée. Cela ne nous a pas empêchés de nous balader à leur pied, comme d'ailleurs des milliers d'autres touristes tous les jours, qui photographient ces "pots de fleurs" en pateaugeant dans la fine vase de la baie. Comme vous pouvez le voir, le temps est revenu au beau fixe!

22 août 2011

Maringouins


On nous avait prévenus: en été, le Canada est le royaume du moustique, autrement dit le "maringouin". C'est donc armés de citronelle, de Néocide, d'Apaisyl et même de lotion spéciale "invasion du Vietnam" rapportée de notre escapade floridienne de février que nous avons débarqué au pays du sirop d'érable et des suceurs de sang. Peine perdue: une grande partie de la famille se gratte furieusement. Depuis notre entrée au Nouveau-Brunswick, les insectes ont pris une nouvelle vigueur, rendant nécessaire une chasse sanglante au "bzz" jusque dans la voiture.

Crachin à Kouchibouguac et Bouctouche


MONCTON, Nouveau-Brunswick - Répétez le titre dix fois sans fourcher... Il y a des journées où le sort s'acharne sur les vacanciers. La 22e de notre périple fut la pire en terme de conditions atmosphériques, une méchante dépression nous infligeant par deux fois une douche quasiment néo-écossaise. D'abord au drôlement nommé parc national de Kouchibouguac, repaire d'élans et de cerfs en bord de mer, puis sur la dune de Bouctouche, dans le sud de l'Acadie, sur laquelle serpente une passerelle en bois (photo). Deux endroits propices à l'humidification massive. Au bout du rideau de pluie, nous sommes arrivés ce lundi soir à Moncton, étape de transition entre l'Acadie et la Nouvelle-Ecosse que nous abordons demain.

21 août 2011

Nos ancêtres les Acadiens



Le "Village historique acadien", reconstitution d'un hameau de l'Acadie évoluant entre XVIIIe et XXe siècle, on l'aborde avec une pointe de méfiance: ne va-t-on pas atterrir dans un Disneyland de la ruralité coloniale et francophone? Mais non, ce musée vivant séduit. D'abord parce que les maisons sont authentiques, mêmes si rassemblées dans cet endroit au sud de Caraquet pour la commodité de la visite. Ensuite, parce qu'elles sont occupées par des Acadiens en costume d'époque qui évoquent pour nous la vie dans ces fermes fonctionnant en autosuffisance malgré des familles dépassant parfois les dix membres. Les fermières cardent la laine, tissent le lin, un forgeron, maniant le marteau, le soufflet et l'enclume, donne forme à un clou en quelques secondes. On progresse dans le temps: une maîtresse d'école raconte comment ses homologues du XIXe siècle rusaient avec les autorités académiques britanniques pour perpétuer la langue française malgré l'interdiction de l'enseigner, un étameur donne vie à un sifflet en quelques pliures savantes de métal, un mécanicien du début du XXe siècle fait admirer une Ford T. On quitte l'endroit avec un sentiment d'admiration vis-à-vis de ces ancêtres et cousins qui se sont accrochés à cette terre, qui, faut-il le rappeler, subit des hivers à -30°C.

En Acadie


CARAQUET, Nouveau Brunswick - L'Acadie et les Acadiens au menu dominical. Cette région au sud-est du Québec est peuplée de descendants de paysans du Poitou ayant émigré là aux premières heures de la présence française en Amérique du Nord, au début du XVIIe siècle. Depuis cette époque, les Acadiens en ont vu des vertes et des pas mûres, tombant sous le joug du détesté roi d'Angleterre dès le début du XVIIIe siècle, avant même la chute de Québec en 1760. Catholiques, déjà jaloux de leurs coutumes et de leur relative autonomie vis-à-vis du pouvoir royal français quand ils en étaient les sujets, les quelques milliers d'Acadiens ne se sont pas laissés faire et en ont payé le prix, expulsés de leur territoire par les troupes de Londres au milieu du XVIIIe avant de revenir par la fenêtre et de se réinstaller au fil des ans dans la péninsule du nord-est du Nouveau-Brunswick, séparée de la Gaspésie par la Baie des Chaleurs. Très fiers de leurs origines, de leur langue et de leur culture, les Acadiens pavoisent leurs maisons et leurs voitures de drapeaux bleu-blanc-rouge, ornés d'une étoile couleur or, symbole de Marie et de la papauté. Cet emblème a été adopté sur le tard, en 1884. Nous en avons vu des centaines en quelques dizaines de kilomètres sur la route de Caraquet, le centre de gravité de l'Acadie moderne.

Un après-midi dans le Dévonien


Sur la photo, cela n'a l'air de rien, mais vous êtes face à un site classé au patrimoine mondial par l'Unesco. Balade transpirante samedi après-midi au bord de la bien-nommée Baie des Chaleurs, pour explorer le parc national de Miguasha, un trésor pour les scientifiques amateurs de fossiles; la falaise abrite en effet des myriades d'animaux et plantes emprisonnés dans la pierre il y a 370 millions d'années, alors que cette région, par la grâce de la dérive des continents, se trouvait dans une zone tropicale. Puisqu'on vous dit qu'on ne bronze pas idiots.

Encore un piège à touristes


PERCE, Québec - Heureux les habitants de Percé en Gaspésie, à qui la nature a offert un beau rocher doté d'une arche majestueuse, juste en face de l'office de tourisme, de 40 motels et d'autant de rabatteurs pour des croisières! Nous sommes passés en coup de vent samedi matin dans ce village-rue, le temps de prendre quelques photos du caillou enrobé d'une brume matinale.

19 août 2011

Toponymie


Parmi les moments les plus délicieux de nos 19 jours au Québec, la découverte de villages aux noms évocateurs. Entre Québec et Gaspé, nous avons successivement traversé Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles, Cap-Chat, Ruisseau-Castor, Cap-au-Renard, Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine (photo), Le Tas-de-Bran-de-Scie, Pointe-à-la-Frégate, l'Anse-aux-Canons, Cloridorme et Ruisseau-à-l'Ail. Et au parc national de Bic, nous nous étions promenés non loin de l'anse Mouille-Cul!

Merci, Québec


GASPE, Québec - Nous quittons demain le Québec pour la province voisine et maritime du Nouveau-Brunswick, et allons certainement regretter la plus francophone des régions nord-américaines. Notre journée de vendredi s'est achevée en beauté, par un passage dans le secteur nord du parc Forillon, aux falaises vertigineuses et aux grèves de galets ponctuées de bois flotté.

En cascade


Nous vous entendons d'ici: "ah non, encore une chute!" Nous avons bien mérité celle-ci, au bout d'un sentier, escarpé et impitoyable pour nos mollets, en plein dans le parc Forillon. Et notez la photogénie de l'endroit: ne s'attend-on pas à voir surgir de l'onde quelque naïade, un flacon d'OBAO "fraîcheur des îles" à la main?

Monts et baleines


La région de Gaspé, tout au bout de la pénisule de Gaspésie, et surtout le parc national Forillon attenant, valent à eux seuls le voyage. Nous sommes encore tout émerveillés des paysages que nous a réservés ce sanctuaire naturel, peuplé d'ours et de cervidés, mais aussi longé par les migrations de baleines. Nous avons aperçu de loin une nageoire dorsale, mais ni orignal ni ursidé. En revanche, un porc-épic de bonne taille est venu nous saluer à quelques mètres, alors que nous effectuions la randonnée de huit kilomètres aller-retour jusqu'au cap Gaspé, où les Appalaches, épine dorsale de la côte Est américaine, viennent sombrer dans le golfe du Saint-Laurent. Les gens du cru assurent que l'été est pourri, mais nous avons transpiré par 29°C et pris de belles couleurs.

La francophonie est surtout un art de vivre